Mois de partage et de solidarité sociale, Ramadan en Egypte est célébré dans une ambiance assez particulière. On dit que “l’âme de l’Egypte est au Ramadan”. Ce mois béni n’est pas tout simplement un mois comme tout autre, le Ramadan en Egypte est tout un état. Nombreuses sont les traditions suivies 30 jours durant.
Le Ramadan, ce mois de jeûne commence avec l’observation du croissant du mois hégirien. Il débute pourtant en Egypte, une quinzaine de jours auparavant. Rues et ruelles rivalisent de décorations. Elles sont donc inondées de guirlandes à la forme de petites lanternes, de « lambeaux », de lumières et d’un grand "fanous" dans le langage égyptien (lanternes du Ramadan).
Les habitants de chaque quartier tiennent à acquérir les plus belles lanternes. La nuit, le spectacle est enchanteur.
Bien que l’histoire des Fanous remonte à l’époque des Fatimides, cette tradition séculaire, considérée comme un legs historique, demeure très ancrée dans la culture égyptienne. L’histoire. Jadis, quand le calife fatimide “Al Moez ledine Allah" est arrivé en Egypte la nuit, lors du mois de Ramadan, les habitants sont allés à sa rencontre pour l’accueillir et l’ont reçu à bras ouverts et en s’éclairant avec des lanternes.
On raconte aussi que pendant le mois sacré, les enfants frappaient aux portes pour avoir des sucreries et des pâtisseries. Les rues étant très sombres à la tombée de la nuit, ils étaient dans l’obligation de s’éclairer avec des lanternes. Depuis ce temps, tous les enfants ont pris l’habitude d’acheter des lanternes durant le Ramadan et de se promener avec en chantant. Si les lanternes d’autrefois étaient fabriquées avec du fer et du verre coloré, elles le sont aujourd’hui en plastique et elles sont éclairées grâce à des lampes.
Un calendrier spécifique appelé « Emsekeyat Ramadan » est publié particulièrement pour ce mois dans lequel figure les horaires des prières, surtout celles de l’aube qui marque le début du jeûne et celle du crépuscule qui marque l’iftar ou la rupture du jeûne.
Les chants de Ramadan sont joués partout dans la télévision, à la radio, dans les supérettes, les hyper et les supermarchés qui se pourvoient de toutes sortes d’articles de base (farine, pâtes, huiles, sucre, riz, etc.) mais surtout de fruits secs, qu’on appelle “yamiche” et que les Egyptiens utilisent pour confectionner un sirop trop sucré. C’est le jus d’entrée appelé en égyptien "Khochaf" .
Pour les Egyptiens, il est important que le frigo soit bien rempli de toute sorte de denrées pour tout le mois, pour économiser l’effort des courses, et le consacrer à d’autres activités, dont notamment la préparation des repas de rupture de jeûne en famille, ou bien le consacrer au travail ou entre amis.
La première prière du Ramadan serait la prière nocturne « Tarawih » qui n’est prescrite qu’à ce mois béni. Elle commence en fait la veille du premier jour du Ramadan, où vous entendrez les haut-parleurs des différentes mosquées, répétées les versets coraniques lors de la prière, dans une spiritualité sans pareille.
Pendant tout le mois retentit le Coran récité par les voix des récitateurs de Coran les plus fameux, tels Abdel Basset et Mohamed Refaat, que les Egyptiens ont l’habitude d’écouter durant le Ramadan, partout dans les moyens de transports, les magasins, etc. Le Ramadan c’est aussi l’émission du feu cheikh Metwalli el-Chaarawi, qui a excellé dans l’interprétation simple des versets du Coran. Une émission incontournable et est passée, comme d’usage au cours de ce mois, avant le crépuscule.
Les premiers jours du mois sont les plus durs pendant la journée et les plus tranquilles pendant le soir. Etant les premiers jours d’abstinence de boissons comme de nourriture. Sans café ou thé le matin, sans autres boissons chaudes que les fonctionnaires ont l’habitude de prendre pendant toute la journée du travail, et sans cigarettes pour les fumeurs addicts, des matinées dures alors, mais peu à peu, les gens s’habituent et le rythme du travail et de la vie avance calmement et à la normale.
Le trafic est dense pendant toute la journée et accélérée à l’approche du crépuscule, tout le monde étant pressé de rentrer chez lui pour prendre le repas de rupture du jeûne avec les siens. Au coucher du soleil, tout le monde est à l’affût de la détonation du « canon» de Ramadan appelé en arabe « madfaa ». C’est une tradition connue depuis les Fatimides pour annoncer le moment de l’appel à la prière du Maghreb et donc de la rupture du jeûne.
Le calme le plus complet s’installe dans les rues. Dès le premier jour, les uns tiennent à accomplir la prière nocturne, longue prière nommée « tarawih », qui suit la prière de la nuit al-Ichaa, à la mosquée et d’autres tiennent à suivre tous les feuilletons qui sont réalisées particulièrement pour ce mois, car le mois de Ramadan en Egypte est aussi le mois des feuilletons « en continu » composés, dans la plupart du temps, de 30 épisodes au nombre des jours du mois de jeûne. Ce n’est pas tout, il y a aussi les émissions religieuses, les émissions culinaires et les émissions de farce, dont la TV égyptienne est très caractéristique.
Ce mois étant un mois de charité et de générosité, dès le premier jour, de longues tables sont préparées et installées dans les rues connues en Egypte sous l’appellation de
« Mawa’ed el-Rahman » ou « Table de charité ». On y offre gratuitement pour l’amour de Dieu- d’où leur appellation- des repas pour l’iftar non seulement aux pauvres, mais aussi aux passants qui n’ont pas eu la chance de rejoindre leurs foyers. Ces repas sont faits de jus, de dattes, de riz, de légumes, de poulet ou de poisson et d’un dessert.
Autre ambiance ou tradition que vous ne trouverez qu’en Egypte : celle peu avant le coucher du soleil, où des jeunes filles et garçons sont dans les rues pour offrir aux conducteurs et aux passants des dattes et du jus frais ou de l’eau. Ils les distribuent aux passants qui sont en retard et qui ne seraient pas arrivées lors de l’iftar. Ils les offrent aux passants sans distinction, donc pas forcément aux musulmans, ainsi aux coptes aussi qui insistent à partager cette ambiance avec leurs compatriotes.
Fini le repas de l’iftar, les tables et les chaises sont rangées soit dans un garage, soit dans un coin de la rue jusqu’au jour suivant. Ces tables de charité sont préparées par des propriétaires de magasins, d’agences de voiture, ou des commerçants, de simples citoyens, parfois même des restaurants et des foyers qui se mettent d’accord pour la préparation des mets.
Durant ce mois aussi la collecte de dons se fait au profit des hôpitaux de différentes spécialisations et des orphelinats, profitant de la verve de générosité dont sont emprunts les jeûneurs. Même les publicités sont inventées au goût de Ramadan, diffusant cette ambiance tendre de famille et de voisinage, car pendant ce mois, il n’est pas seulement question d’échanger les invitations entre la famille et les amis mais aussi entre voisins qui s'échangent des plats de dessert ou des mets tout au long du mois dans un signe d’hospitalité.
Les dix derniers jours du Ramadan, les mosquées s’emplissent de fidèles, car, selon la sunna, ce sont les jours où le jeûneur peut bénéficier d’un affranchissement total de l’enfer et où peut tomber la Nuit du Destin. Nuit où les portes du ciel sont ouvertes et où tous les vœux sont exaucés et tous les péchés sont pardonnés.
Tous les musulmans redoublent d’actes de piété, certains même s’engagent dans l’état de retraite spirituelle « I’itikaf » et ne rentre chez eux que le dernier jour du mois. Les premier et dernier vendredis du mois, les imams ont pris l’habitude de reprocher aux fidèles de déserter les mosquées en dehors du Ramadan, dans une tentative de les encourager à continuer à prier dans les mosquées aussi nombreux.
Pendant les derniers jours, les boulangeries sont au complet. Affairées à faire cuire les pâtisseries spécifiques de l’Aïd, les boulangeries confectionnent eux-mêmes le “kahk” ou bien cuisent ce que les foyers leur envoient; le four domestique étant insuffisant ou encore mal adapté pour la cuisson des pâtisseries.
Enfin arrive le jour de l’Aïd. Avant d’aller accomplir la prière de l’Aïd dans les grandes mosquées ou les espaces en plein air, comme le veut la sunna, les gens prennent leur petit-déjeuner, puis se rassemblent et vont prier. Des ballons, des bonbons et parfois des jouets sont distribués aux enfants qui font même sauter des pétards, trait très caractéristique de l’Aïd en Egypte. Les parcs, les cinémas et centres commerciaux affichent complets.
Trente jours à la fois festifs et spirituels, Ramadan en Egypte est un mois qui a son propre charme et ses propres traditions qui n’existent nulle part. Il demeure gravé dans les mémoires de tous ceux qui l’ont vécu ici… en Egypte et nulle part ailleurs.